Becoming.
Architectures for
a planet in transition.

Becoming explore des pratiques spatiales qui encouragent des procès d´appropriation et transformation de l´environnement habité – humain et non-humain, individuel et collectif – en étudiant le potentiel du temps en tant qu’outil de conception. Rejetant la notion de tabula rasa, Becoming s’enracine dans une conscience profonde des paysages physiques et culturels préexistants, en ménageant des transitions à travers des interrelations matérielles, politiques, écologiques et poétiques. Dans un effort pour aller au-delà de l’épuisement des paradigmes arborés par le capitalisme, Becoming pose des défis qui suggèrent des perspectives alternatives : six lignes de recherche thématiques encadrent ces explorations, invitant à des recherches ouvertes et croisées sur ce que signifie créer pour un monde en transition.

Collage d’images manipulées númeriquement, réalisé par Judit Musachs et Pol Pérez. Crédits des images du collage dans le sens horaire: Mosses and lichens, photo de Yrabota; Bangkok Tokyo, Folly in the Forest Pavilion, 2022, photo de Ratthee Phaisanchotsiri; John E Weaver, The ecological relations of roots, 1919; Colonnes de San Marco à Venise, photo de Dreamer4787, 2016; Martin Parr, Sorrento, 2014; Paul Klee, Angelus Novus, 1920; Câblages, photo de Massimo Botturi, 2020; Levi Walter Yaggi, chromolithographie_ Carte géologique, 1893; Escalier de la Tour de Pise, photo de Joanbanjo, 2013; Ramón y Cajal, Cerebellar Cortex,Histology of the Nervous System of Man and Vertebrae; Martin van Cleve, Kitchen interior, 1565; Fragment de peinture du Belmont Art Park, photo de Cassidy Curtis, 2015.

Becoming More-than-human

Comment l’architecture peut-elle s’adapter à la coexistence écologique ?

Pendant des siècles, la construction de nos habitats s’est faite dans une perspective exclusivement anthropocentrique, privilégiant les besoins humains et ignorant la coexistence avec d’autres êtres vivants et inertes. Cette vision découle d’une dichotomie dans la pensée occidentale, qui sépare la nature comme quelque chose d’extérieure et conçoit la culture à partir d’une approche ou l´homme serait seul au centre. Cette hiérarchie a justifié l’exploitation de l’environnement, surtout après la révolution industrielle, ce qui a conduit à un état précaire appelé par certains le Capitalocène. Dans ce contexte, le conservationnisme environnemental basé sur une vision idéalisée du passé naturel ne ferait qu’aggraver ce dilemme. Becoming More-than-human propose de réimaginer nos habitats comme des écosystèmes hybrides et complexes, où de multiples espèces coexistent grâce à la symbiose et à la coopération. Cela implique une nouvelle conception des soins qui dépasse l’humain, en favorisant la résilience adaptative pour nous conduire vers des processus de transformation améliorés.

Mosses and lichens. IStock. © yrabota
« Nous devons penser aux créatures qui font l'histoire avec nous, aux créatures qui créent des mondes, aux créatures qui créent des liens de parenté et des problèmes de toutes sortes. Il n'y a pas que nous, les humains, qui sommes des bâtisseurs de mondes ». Donna J. Haraway

Becoming Attuned

Quelles formes de significations et de poétiques pouvons-nous aborder dans nos pratiques quotidiennes ?

Le paradigme esthétique traditionnel, ancré dans des notions occidentales statiques de beauté, s’avère de plus en plus inadéquat face aux défis complexes de notre monde en mutation rapide. La poétique du devenir reconnaît la fluidité et la contingence de l’architecture : pas comme quelque chose de fixe, mais au contraire, assujetti à la négociation et à l’échange. Cette position plaide en faveur de paradigmes alternatifs, appelant à passer d’une observation passive à un engagement actif dans des contextes spécifiques et diversifiés qui mettent en relation une multiplicité d’êtres. Elle encourage un processus de réglage qui nous mène à l´écoute, non seulement des paysages physiques, mais aussi des histoires qu’ils racontent, les besoins qu’ils expriment et les cultures qu’ils incarnent. La perception de nos multiples réalités préexistantes peut être réglée, afin d´influencer le sens de nos actions dans la pratique spatiale. Becoming Attuned revendique une approche guidée par l’empathie et le désir de reconnaître des valeurs habituellement rejetées : des sensibilités qui mettent en valeur l’incertitude, l’ordinaire, l’accidentalité banale, les phénomènes physiques et numériques, ainsi que des plaisirs et des joies inattendus.

Josep Maria Jujol, Bofarull house roof, 1913-1933.
©Roger Miralles, 2022
« Puisqu'une chose ne peut être connue directement ou totalement, on ne peut que se régler sur elle, avec plus ou moins d'intimité... Ce réglage est le sentiment du pouvoir d'un objet sur moi ». Timothy Morton

Becoming Embodied

Comment intégrer des valeurs dans le passage de la matière à la construction ?

Une notion plus profonde, plus brute et plus réaliste du monde matériel, avec ses multiples conflits et opportunités, ouvre un terrain fertile à l’incarnation matérielle. Becoming Embodied vise à explorer l’action des matériaux en incorporant les relations politiques, économiques, écologiques et poétiques inhérentes à la pratique spatiale contemporaine et à ses technologies de construction. La manière dont nous extrayons, traitons, transportons, utilisons et réutilisons les flux et les échanges de matière reflète de notre engagement avec l’équité sociale, la perspective de genre, la décolonisation, la décarbonisation et la transition énergétique. En même temps, ce transit matériel peut révéler le potentiel d’approches tectoniques alternatives : de gestes quotidiens d’une grande beauté et poétiques constructives inattendues, qui favorisent la coexistence. Ces transitions matérielles et spatiales découlent d’une profonde conscience du devenir : au lieu de percevoir l’environnement bâti comme homogène dans le temps, nous avons l’intention de valoriser sa stratification et son adaptabilité, en renforçant sa longévité variable et son agencement dans le façonnement de nos villes et nos territoires.

Paint fragment from Belmont Art Park.
© Cassidy Curtis
« On a besoin d´une définition beaucoup plus matérielle, beaucoup plus mondaine, beaucoup plus immanente, beaucoup plus réaliste, beaucoup plus incarnée du monde matériel, si nous voulons élaborer un monde commun ». Bruno Latour

Becoming Interdependent

Comment concevoir une politique de l’espace qui active les relations interpersonnelles ?

Loin d’être neutre, l’espace peut être soit un outil de violence institutionnalisée, soit un catalyseur d’émancipation sociale. Tout au long de l´histoire, l’architecture a joué un rôle clé dans la construction de régimes qui renforcent des structures de pouvoir qui perpétuent les asymétries sociales et l’exclusion. Becoming Interdependent réévalue les notions traditionnelles d’espace et de travail, en reconnaissant la croissante fluidité des limites entre les sphères productives et reproductives, en s’éloignant de cadres normatifs, pour célébrer la diversité et la complexité. Nous revendiquons pour la coexistence sociale, la reconnaissance de l´interdépendance et plaidons pour les droits collectifs à s’approprier de l´espace et à modeler des environnements qui favorisent l´attention et la collaboration dans le temps. Les conflits, les conversations et les négociations, imbriqués dans des processus d’empathie, de solidarité et de gentillesse, apparaissent comme des situations d´interaction quotidiennes nécessaires à de multiples échelles. Dans le contexte de l’urgence climatique, de modèles d’exploitation capitaliste effrénée et de la montée des politiques d’oppression, ces attitudes Becoming visent à concevoir des mondes de biens communs plus féministes, décolonisateurs, non normatifs, non anthropocentriques et prudents.

Sorrento. Italy. 2014. © Martin Parr | Magnum Photos
« Cette idéologie, qui oppose la famille (ou la communauté) à l'usine, le personnel au social, le privé au public, le travail productif au travail improductif, est tout à fait fonctionnelle à notre asservissement au foyer qui, dans la mesure où il n'est pas rémunéré, est toujours conçu comme un acte d'amour ». Silvia Federici

Becoming Hyper-conscious

Quelles actions vont découler d’une plus profonde prise de conscience des interactions entre le local et le global ?

Dans notre quotidien, nous traversons consciemment ou inconsciemment une multiplicité de réseaux d’interrelations. Ils sont si grands et si implacables qu´ils sont à peine visibles à nos yeux. Cette phénoménologie opère à un niveau de conscience supérieur, échappant à la perception habituelle, mais conditionne de manière cruciale la vie humaine et non humaine. Le raisonnement scientifique baconien, basé sur des faits objectivés et une certitude linéaire, limite notre capacité à les comprendre. Un nouveau contrat planétaire dépend de notre capacité à devenir extrêmement conscients, ou hyper-conscients, des questions préoccupantes qu’affectent la planète : la crise climatique, la perte de biodiversité, les abus du capitalisme, l’accumulation législative et les phénomènes mondiaux tels que l’internet et la domination algorithmique sous la forme de l’IA, parmi d’autres entités gigantesques. Ces inquiétudes représentent des défis à l’échelle mondiale et ont un impact sévère sur le local et le quotidien que nous devons être en mesure de comprendre en profondeur. Becoming Hyper-conscious appelle à une prise de conscience plus profonde et immanente – qui aille au-delà de l’accumulation de données et de la description critique – nous permettant de transformer nos mondes de manière projective et prudente.

Wired Toulou. Fujian. 2018. © Curatorial Team
« Un hyperobjet est une chose si vaste, tant sur le plan temporel comme spatial, que nous ne pouvons en apercevoir que des fragments à un instant donné ; les hyperobjets entrent et sortent en phase avec le temps humain ; ils finissent par "contaminer" tout, si nous nous trouvons à l'intérieur d'eux ». Timothy Morton

Becoming Circular

Dans le cadre des politiques de proximité post-extractivistes, quels sont les cycles qui peuvent être produits dans l´espace ?

Nos environnements bâtis, coincés dans la dynamique accélérée du capitalisme tardif – que ce soit sous la forme de denses métropoles ou d’étalements suburbains sans fin – ont épuisé leur capacité de croissance illimitée. Des moyens de production alternatifs peuvent être explorés, remplaçant les vitesses de profit et de consommation, par des politiques de proximité plus alignées sur la décarbonisation et le post-extractivisme. Becoming Circular encourage la circularité des matériaux, la recirculation des flux d’énergie et la reprogrammation spatiale, ouvrant une voie vers un environnement bâti plus réparateur et à faible émission de carbone. Cette approche invite à repenser la pratique spatiale pour explorer des imaginaires et des méthodes esthétiques alternatifs qui intègrent, entre autres, des éléments de récupération, une réutilisation créative des résidus, un design qui pense au démontage futur, des matériaux constructifs organiques et métaboliques, des stratégies atmosphériques passives, des interactions thermodynamiques qui redéfinissent les niveaux de confort et la reprogrammation spatiale comme alternatives à la démolition aveugle.

Cilindre d'Horta. © Fran Gonçalves
« Les produits devraient être conçus de telle sorte qu'à la fin de leur cycle de vie, ils rétroalimentent le système en tant que "nutriments" et pas en tant que "déchets"». Walter R. Stahel

Press Register

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